Certains attribuent à Confucius l’idée que « savoir, c’est savoir qu’on sait ». Mais cette phrase, passée de bouche en bouche, a traversé les siècles pour s’inscrire bien au-delà d’un seul penseur. Elle interroge, pique la curiosité, et sert de fil rouge à une réflexion sur la connaissance, son usage, ses limites et ses vertiges. Plutôt que de s’arrêter à l’auteur caché derrière la formule, explorons les chemins où elle nous entraîne, là où la connaissance ne se résume jamais à une citation, mais s’incarne au quotidien, dans l’action, l’expérience, la transmission.
Application des connaissances
Accumuler des faits, retenir des formules, briller lors d’un quiz… tout cela n’a de sens que si le savoir s’incarne dans la pratique. Un proverbe guadeloupéen le martèle : ce qui compte, c’est le savoir-faire. Goethe, lui, tranche : il ne suffit pas de savoir, il faut que la science trouve sa place dans nos actes. L’expérience du terrain, la capacité à transformer la théorie en gestes concrets, voilà ce qui distingue l’érudit du praticien.
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Certains, comme Szczepan et Namensky, rappellent que la connaissance n’a de valeur que si elle permet d’agir. Un vieux proverbe chinois souligne qu’il est plus aisé de comprendre comment faire quelque chose que de passer à l’action. Et pour faire face à l’imprévu, mieux vaut avoir appris à tomber de cheval qu’à simplement tenir en selle, souffle la sagesse espagnole.
Voici quelques mises en garde entendues à travers les âges :
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- Connaître sans mettre en œuvre ses acquis, c’est pire que de les ignorer (Alain, à propos de l’éducation).
- L’action valide la solidité d’un savoir, résume Prânanpad Swami. Seul ce qui est appliqué devient vraiment nôtre.
- Un savoir laissé en friche ne donne aucune récolte, affirme un proverbe Fulani : la connaissance est un champ qui demande soin et constance.
Beaumarchais, dans « Le Barbier de Séville », privilégiait déjà le savoir-faire au savoir pur pour bien réussir. Même l’anonyme qui s’interroge sur le long chemin de la connaissance y voit un parcours bénéfique, mais exigeant.
Il ne s’agit pas d’accumuler pour accumuler. Comme le rappelle une voix anonyme, la vraie question est de savoir comment mener sa vie pour le bien des autres et le sien. Talleyrand, quant à lui, répartit la connaissance en trois catégories : connaissance de soi, savoir-faire, savoir-vivre. Et il n’hésite pas à piquer : les deux derniers peuvent très bien se passer du premier.
TW Palmer nuance la fameuse formule « la connaissance, c’est le pouvoir » : le pouvoir naît de l’usage, pas de l’empilement de notions. C’est l’action, guidée par la réflexion, qui fait la différence. Et dans la vie quotidienne, il ne suffit pas de lire des livres pour s’affirmer connaisseur. Omraam Mikhael Aivanhov le rappelle : la vraie connaissance, c’est la maîtrise de soi, la capacité à se libérer de ses faiblesses et à ne plus être la proie de ses propres tourments.
L’apprentissage
Qu’on ne s’y trompe pas : apprendre n’est pas empiler des informations, mais affiner la compréhension. Sénèque invite à étudier, non pour accumuler, mais pour approfondir. Confucius, dans ses « Entretiens », rapproche l’amour de l’apprentissage de la sagesse véritable. Apprendre à ses dépens, comme l’a expérimenté Hermann Hesse, forge un savoir robuste.
Un proverbe chinois met en garde : les connaissances qui ne sont pas cultivées chaque jour s’estompent. Dans l’atelier, l’ouvrier maîtrise parfois mieux son sujet que le professeur d’université. Cette supériorité de la pratique sur la théorie se retrouve dans bien des métiers.
Mazouz Hacène résume la différence entre ceux qui avancent dans la lumière et ceux qui errent dans l’obscurité. Pour Jean-Marie Adiaffi, aller étudier l’intelligence des autres, c’est enrichir la sienne, la multiplier. Matthieu Ricard appuie sur un point : il ne suffit pas de nourrir son esprit de nouveautés, il faut transformer ce que l’on apprend. Et même, après avoir tout appris, il reste à apprendre à « être ».
Thomas Jefferson propose une image frappante : transmettre la connaissance, c’est comme allumer une bougie à une autre, sans jamais perdre sa propre flamme. Omraam Mikhaël Aïvanhov, lui, observe que l’érudition ne garantit ni humilité, ni générosité, ni bienveillance.
Expérience
La vraie connaissance jaillit de l’expérience. Les livres instruisent, mais le vécu façonne la compréhension. Nicolas de Chamfort souligne que ce que l’on devine puis expérimente s’ancre plus durablement.
Dans la vie ordinaire, beaucoup affirment tout savoir, sûrs d’eux jusqu’à ce qu’un revers vienne fissurer leurs certitudes. Omraam Mikhael Aivanhov observe cette scène fréquente : un jour, après une expérience malheureuse, le voile tombe, et l’on comprend la faiblesse de son propre savoir.
Humanité
La connaissance, héritage de l’humanité, traverse les générations comme un flambeau. Louis Pasteur y voit une lumière pour le monde. Alexandre Dirikenne, lui, distingue le croire du savoir, une nuance qui élève l’esprit.
Pour Bettina Brentano, connaître, c’est l’œuvre de l’artisan ; posséder la connaissance, c’est faire grandir son âme, unir sa vie à la nature, et aimer. Omraam Mikhael Aivanhov insiste sur un point : les connaissances acquises à l’école offrent argent, statut, prestige, mais ne transforment pas l’être.
Considérer que chaque découverte, chaque objet d’étude, résulte d’un labeur collectif, c’est mesurer la valeur de l’héritage reçu. On le respecte, on l’augmente, puis on le transmet, et ainsi, les œuvres collectives survivent à chacun, rendant chaque génération immortelle à sa façon.
Ignorance
La connaissance a ses frontières. Elle rassemble, tandis que l’ignorance divise. Derrière chaque « expert », il y a eu un débutant. Reconnaître ce que l’on ignore, c’est déjà faire preuve de discernement, comme le souligne Lac Tse.
Le sage ne prétend pas savoir ce qu’il ignore. Lao-Tzu l’exprime crûment : croire savoir, c’est ne pas savoir. Mieux vaut une ignorance honnête que des savoirs affectés, selon Boileau. Et Antoine Sylvere va plus loin : s’en remettre sans cesse à l’autorité, c’est ne rien savoir soi-même.
Benjamin Disraeli rappelle que prendre conscience de son ignorance ouvre la voie à l’apprentissage. Isaac Newton, quant à lui, compare le savoir à une goutte d’eau face à l’océan de l’inconnu. André Grétry préfère bien maîtriser peu de choses que mal connaître beaucoup. Remy de Gourmont note que savoir ce que tout le monde sait, c’est n’avoir rien appris de neuf.
Un proverbe tamoul met l’accent sur le contraste : ce que l’on sait est une poignée de sable, ce que l’on ignore est l’univers entier. Paul Valéry observe que chacun possède des montagnes d’ignorance. Donald Rumsfeld, célèbre pour ses distinctions, relève qu’il existe des choses que l’on sait, d’autres que l’on sait ne pas savoir, et enfin des ignorances insoupçonnées.
Le savoir total n’existe pas : Paul Kalanithi rappelle que la connaissance se construit dans les liens tissés avec les autres et le monde, mais demeure toujours inachevée.
Partager
Transmettre ses connaissances, loin de les amoindrir, les amplifie. Socrate le disait déjà : partager la connaissance l’augmente. Pour Olivier Lockert, c’est dans l’échange que chacun grandit. Jean-François Jacob insiste : privé de partage, le savoir s’appauvrit et finit par se dessécher.
Quête de connaissances
La recherche du savoir n’a pas de ligne d’arrivée. Robert Oppenheimer voyait dans le besoin de savoir une puissante motivation humaine. Le doute nourrit l’appétit de connaissances, affirme André Gide. L’imam Ali compare la connaissance à un trésor inépuisable, tandis que la sagesse, vêtement neuf, ne s’use jamais.
Pouvoir et responsabilité
Acquérir du savoir, c’est aussi gagner en lucidité. Francis Bacon le résume d’un trait : le savoir, c’est le pouvoir. Mais Auguste Comte prévient : il faut savoir prévoir pour agir. Marilyn Ferguson souligne qu’avec la connaissance vient la responsabilité, celle de l’utiliser à bon escient, pour soi comme pour autrui.
Connaître l’essentiel
Toucher l’essence des choses, voilà le privilège de qui a su creuser en profondeur, affirme Virgile. Héraclite rappelle que quantité de savoir ne rime pas avec sagesse. William James, lui, estime que l’art de la sagesse consiste à discerner ce qu’il faut ignorer.
Erasme préfère aimer davantage, même en sachant moins, que l’inverse. Montaigne avance que tout l’enjeu consiste, non à accumuler, mais à tirer parti de ce que l’on sait. Benjamin Disraeli identifie ceux qui réussissent par la qualité de leurs informations.
Blaise Pascal, enfin, invite à cultiver une connaissance large, même superficielle, plutôt que d’approfondir un unique domaine. Cette universalité, dit-il, est la forme la plus belle du savoir. Face à l’infini du monde, rester curieux, c’est refuser d’enfermer la connaissance dans une boîte, et préférer la voir comme un horizon sans cesse repoussé.


